L'argument central avancé dans Technocratie en hausse Le droit réflexif n'est pas simplement une théorie juridique parmi d'autres. Il constitue le système juridique précis requis par la technocratie, car il remplace le droit substantiel, la responsabilité démocratique et les limites constitutionnelles fixes par une gouvernance axée sur les processus, administrée par des institutions, des experts, des entreprises et des organismes de réglementation en réseau.
Cette identification était juste à l'époque, et les années qui ont suivi n'ont fait que la confirmer. Le discours sur le développement durable, la gouvernance des parties prenantes, la résilience, l'innovation, le financement de la transition et la modernisation numérique a certes donné un vernis moral à la situation, mais le mécanisme juridique sous-jacent demeure inchangé : le pouvoir se déplace des assemblées législatives et des électorats vers des systèmes d'autorégulation supervisés, mais rarement contraints, par l'autorité publique.
C’est pourquoi le droit réflexif est si important.
Il ne s'agit pas simplement d'une doctrine juridique technique. C'est la jurisprudence de la société gérée. Elle enjoint à l'État de ne pas imposer de commandement direct, mais d'inciter à l'autorégulation des sous-systèmes corporatifs, financiers, environnementaux et technologiques. Elle enjoint aux régulateurs de ne pas édicter d'interdictions absolues, mais de créer des cadres, des incitations, des obligations de déclaration et des procédures adaptatives permettant aux entités réglementées d'apprendre à s'autogérer. Elle signifie pour le public que les résultats importent moins que le respect des processus approuvés. Une fois ce changement opéré, le droit cesse d'être un obstacle et devient un levier de transmission.
C’est pourquoi cette théorie correspond si précisément à la technocratie. La technocratie a toujours privilégié la gouvernance par des systèmes calibrés plutôt que par des institutions représentatives. Elle préfère les indicateurs à la morale, l’administration à la politique et l’ajustement contrôlé à la contestation ouverte. Le droit réflexif confère à cette ambition une forme juridique. Il transforme le droit, d’un commandement soutenu par l’autorité souveraine, en un cadre procédural où les acteurs agréés intériorisent les objectifs politiques et certifient ensuite leur propre conformité à ces derniers.
Il en résulte un ordre dans lequel les experts, les institutions et les sociétés transnationales sont habilités à fixer les conditions de la gouvernance, tandis que la population est laissée à elle-même face à des systèmes qu'elle n'a pas conçus et qu'elle ne peut contester efficacement.
Les Nations Unies et leurs théoriciens du droit ont perçu cette utilité depuis longtemps. Sanford Gaines a explicitement décrit le droit réflexif comme un paradigme juridique pour le développement durable, arguant qu'il fonctionne en spécifiant des procédures que les entités réglementées doivent suivre, tout en refusant de définir à l'avance un résultat concret requis. Cet aveu est extrêmement révélateur. Le développement durable, tel qu'il est mis en œuvre par le droit réflexif, ne repose pas principalement sur un droit immuable. Il repose sur une procédure itérative, sur la consultation obligatoire, sur la transparence, sur des processus impliquant les parties prenantes et sur l'adaptation institutionnelle.
Autrement dit, il s'agit d'une architecture juridique taillée sur mesure pour un ordre technocratique qui recherche un pilotage social continu sans les inconvénients d'une responsabilité politique manifeste.
C’est également dans ce contexte que le mercantilisme entre en jeu. On le réduit souvent, à tort, à du simple protectionnisme d’État, à de la thésaurisation de métaux précieux ou à une politique commerciale impériale. En réalité, il s’agissait d’un système où des acteurs commerciaux proches du pouvoir bénéficiaient de privilèges légaux, de droits de monopole et de protections financières de la part de l’État en échange de leur contribution à l’administration de l’empire économique.
Il ne s'agissait jamais simplement d'une domination de l'État sur le marché. C'était la fusion de l'autorité étatique et de réseaux privés privilégiés. La classe marchande n'a pas aboli la souveraineté politique ; elle l'a colonisée. L'État octroyait des chartes, des monopoles, une protection armée et des faveurs financières, tandis que les compagnies privées extrayaient des richesses par le biais du commerce, de la finance et du contrôle colonial.
C’est pourquoi le travail de mon ami Martin Erdmann est si important et pourquoi son influence doit être reconnue. Erdmann a été mon premier mentor dans la compréhension de la technocratie, car il a contribué à révéler la longue continuité historique qui sous-tend des systèmes que de nombreux analystes considèrent encore comme des phénomènes distincts.
Son argument dans La soif d'or et de gloire (2025) est que le mercantilisme n’a jamais été aboli ; il a été déplacé, raffiné et internationalisé à travers des centres financiers successifs, aboutissant à la City de Londres moderne et à ses satellites offshore. Cette intuition éclaire tout le moment présent.
Dès lors que le mercantilisme est compris non pas comme une doctrine morte mais comme un système d'exploitation mobile du pouvoir, le droit réflexif apparaît dans son rôle propre : le mécanisme juridique contemporain qui permet aux structures mercantilistes de fonctionner dans les conditions modernes.
Erdmann analyse ce schéma à travers Venise, l'Espagne, la France, Amsterdam, Londres et, finalement, le monde financier anglo-américain, démontrant que le mécanisme d'extraction a conservé sa structure essentielle malgré l'évolution de ses manifestations extérieures. Les éléments récurrents étaient le contrôle oligarchique, la création monétaire privatisée, les privilèges monopolistiques, le recours à une répression étatique et les discours idéologiques justifiant l'inégalité d'accès au pouvoir. Cette liste devrait vous sembler familière, car elle correspond parfaitement à l'architecture de la technocratie moderne. Les noms, la rhétorique et les outils ont changé, mais la structure juridico-politique demeure remarquablement constante.
La City de Londres se trouve au cœur de cette continuité. Le critique d'Erdmann décrit le Square Mile comme un quartier financier autonome, doté de chartes anciennes, de ses propres impôts, de sa propre police et d'un statut constitutionnel singulier par rapport aux juridictions démocratiques ordinaires. Parallèlement, les analyses de l'empire offshore de la City la présentent comme un centre névralgique du transfert de capitaux à l'échelle mondiale via les dépendances de la Couronne et les juridictions associées, qui fonctionnent grâce à des montages juridiques spécifiques et une grande latitude réglementaire.
Il ne s'agit pas d'une simple bizarrerie de l'histoire britannique. C'est un exemple concret de souveraineté financière semi-autonome, intégrée à l'État-nation sans toutefois lui être entièrement soumise.
Le lien avec le droit réflexif devient ici évident. Le droit réflexif est la régulation de l'autorégulation. La City de Londres est l'institutionnalisation de l'autorégulation à l'échelle financière. Son pouvoir réside non seulement dans le capital accumulé, mais aussi dans sa capacité à façonner les normes, les procédures et les environnements juridiques qui régissent la circulation des capitaux.
La Ville ne se contente pas de demander aux gouvernements de s'affranchir des règles. Elle aspire à une culture réglementaire collaborative, axée sur les processus et orientée vers la croissance, où les organismes de réglementation et l'industrie élaborent conjointement les modalités de la surveillance. C'est là la gouvernance réflexive en action.
Le rapport 2025 de la City of London Corporation Régulation pour la croissance Cette orientation était clairement exprimée. Elle appelait à un changement culturel dans la réglementation financière, soulignant que les régulateurs, le gouvernement et l'industrie devaient s'aligner sur les objectifs de compétitivité et de croissance. Il s'agit d'une réaction instinctive classique.
L'autorité de régulation n'est plus une puissance souveraine extérieure imposant des limites juridiques strictes. Elle devient plutôt un partenaire, un facilitateur et un superviseur adaptatif, œuvrant au sein du même écosystème procédural que les entreprises réglementées. Dès lors que la régulation est conçue de cette manière, le système juridique, loin de freiner les ambitions commerciales, les optimise.
C’est ainsi que le droit réflexif a préparé le terrain au mercantilisme. Il abolit la distinction traditionnelle entre public et privé sans jamais l’admettre publiquement. En droit substantiel, le monopole, la fraude, les conflits d’intérêts et le favoritisme politique peuvent au moins être identifiés et interdits. Dans le cadre de la gouvernance réflexive, ces problèmes se résument à des obligations de transparence, de gestion des risques, de concertation avec les parties prenantes, de planification de la résilience ou de publication des meilleures pratiques.
L'infraction ne réside plus dans l'exploitation elle-même, mais dans le non-respect des procédures. Tant que les procédures appropriées sont respectées, le transfert de pouvoir sous-jacent peut se poursuivre.
Le génie de ce système, du point de vue des institutions d'élite, réside dans son apparence moderne, humaine et adaptable. Il prône le développement durable plutôt que l'empire, l'inclusion plutôt que le monopole, l'innovation plutôt que l'accaparement. Pourtant, sa logique structurelle n'est autre que la même logique mercantiliste qu'Erdmann a mise en lumière : les acteurs financiers privilégiés bénéficient d'une protection juridique, d'une autonomie procédurale et d'un accès politique, tandis que la société dans son ensemble en supporte les conséquences financières.
Le droit réflexif ne crée pas le mercantilisme ex nihilo. Il l'actualise pour une ère où les chartes de monopole ouvert susciteraient une résistance publique.
Le passage aux registres blockchain et aux actifs tokenisés l'illustre avec une clarté exceptionnelle. La Banque d'Angleterre a déclaré privilégier les stablecoins systémiques, les garanties tokenisées et le bac à sable des titres numériques comme piliers essentiels de l'avenir financier numérique du Royaume-Uni. Ce bac à sable permet aux entreprises de tester l'émission, la négociation et le règlement de titres sur des systèmes de registres distribués, dans un cadre réglementaire contrôlé. Il s'agit d'une loi réflexive transposée à la finance numérique.
Plutôt que d'établir d'abord un ensemble complet de règles fixes, les autorités publiques créent une zone expérimentale délimitée dans laquelle les acteurs du marché, les régulateurs et les technologues apprennent ensemble et s'adaptent au fur et à mesure.
L’expression « apprendre en progressant », employée dans le cadre du bac à sable numérique pour les valeurs mobilières, doit être interprétée comme bien plus qu’un simple jargon technocratique. Elle résume avec concision le principe d’une gouvernance réflexive. Le droit n’est plus une contrainte initiale, mais un outil itératif accompagnant l’expérimentation financière. Les entreprises d’infrastructure de marché testent des modèles ; les régulateurs observent ; les normes émergent de la pratique ; et l’ensemble du processus est présenté comme une gestion prudente de l’innovation.
Or, cet effet permet la légalisation progressive de nouvelles formes de contrôle des actifs, d'intermédiation des paiements et de propriété basée sur la comptabilité avant même que le public démocratique n'ait véritablement compris ce qui est en train d'être construit.
La tokenisation des paiements et des actifs est souvent présentée comme une simple amélioration de l'efficacité. En réalité, elle crée le socle technique d'une fusion inédite entre surveillance financière, conformité programmable et fractionnement des actifs. Les stablecoins réglementés peuvent ainsi devenir des instruments de règlement.
Les garanties tokenisées peuvent circuler sur les marchés de gros. La dette souveraine, le crédit privé, les droits immobiliers et les parts de fonds peuvent tous être représentés par des inscriptions dans un registre circulant au sein de systèmes numériques rigoureusement contrôlés. La blockchain est souvent présentée comme un outil de décentralisation, mais dans le cadre du modèle institutionnel émergent, il est plus juste de la considérer comme une infrastructure de tenue de registres synchronisée, administrée par des intermédiaires agréés et conformément à des règles établies.
C’est important car le mercantilisme a toujours reposé sur un contrôle privilégié des circuits d’échange. Autrefois, ces circuits étaient les voies maritimes, les compagnies à charte, les ports, les flux de métaux précieux et les concessions bancaires centrales. Aujourd’hui, ce sont les infrastructures de paiement, les systèmes de conservation, les plateformes d’identité numérique, les réseaux de règlement et les registres d’actifs tokenisés. Quiconque définit les règles de ces circuits détient un pouvoir mercantiliste, même si le discours est post-national et le discours marketing technologique.
Le droit réflexif est le lubrifiant qui rend cette transition possible. Au lieu de se demander si la tokenisation devrait être autorisée au sens constitutionnel du terme, la gouvernance réflexive s'interroge sur la manière de la piloter, de la superviser, d'en évaluer les risques et de l'aligner sur les objectifs d'innovation. Au lieu de débattre de la pertinence de transformer les systèmes de paiement en outils programmables de politique publique, la gouvernance réflexive cherche à optimiser la résilience, l'interopérabilité et les garde-fous de conformité.
Au lieu d'interdire la concentration, elle la gère de manière procédurale. Au lieu de nier les privilèges mercantilistes, elle les numérise.
C’est précisément pourquoi la City de Londres est si importante dans cette histoire. Elle sert depuis longtemps de laboratoire pour des montages juridiques et financiers qui échappent à tout contrôle démocratique ordinaire. Ses réseaux offshore, ses services juridiques et ses infrastructures de marché la rendent particulièrement bien placée pour accueillir la transition du mercantilisme analogique au mercantilisme numérique.
Lorsque la Banque d'Angleterre, les institutions financières de la City, les cabinets d'avocats internationaux et les acteurs du marché se réunissent autour de la tokenisation, il ne s'agit pas de construire un espace financier commun populaire, mais un nouveau système d'encapsulation capable d'intégrer les actifs, les paiements et les fonctions de conformité dans des cadres numériques hautement lisibles et hautement gouvernables.
Il convient de bien cerner la théorie politique sous-jacente à cette évolution. L'ancien modèle libéral prétendait, du moins, que le droit primait sur le commerce et que la légitimité du gouvernement émanait du consentement public. Le droit réflexif, quant à lui, abandonne ces deux postulats dans la pratique. Il part du principe que les systèmes complexes ne peuvent être gouvernés par la contrainte, mais uniquement par des procédures adaptatives. Il considère qu'une coordination assurée par des experts entre les organismes de réglementation, les entreprises, les ONG et les instances transnationales est supérieure aux luttes parlementaires ou à l'interprétation constitutionnelle. Dès lors, il confie les plus hautes fonctions de la société à ceux qui sont les mieux placés pour participer à la gouvernance procédurale : les grandes institutions, et non les citoyens ordinaires.
C’est pourquoi le développement durable et les critères ESG n’ont jamais été de simples campagnes morales. Il s’agissait de technologies de gouvernance. L’objectif était de transférer l’autorité de la législation explicite vers les normes, la transparence, les audits, les cadres de référence, les systèmes de reporting et les conseils transnationaux. Une fois cette infrastructure en place, elle peut être appliquée à la finance, à l’énergie, à l’immobilier, aux chaînes d’approvisionnement, à l’identité numérique et, à terme, aux actifs tokenisés.
Le cadre juridique n'a pas besoin de tout saisir directement. Il lui suffit de subordonner la participation à la vie économique au respect de procédures encadrées.
Le mercantilisme prospère précisément dans ce contexte, car il n'est pas menacé par le procéduralisme ; au contraire, il s'en nourrit. Plus la gouvernance se complexifie, se transnationalise et s'appuie sur les données, plus les grands acteurs dotés de services juridiques, d'équipes de conformité, d'un accès aux instances de lobbying et de relations privilégiées avec les organismes de réglementation en tirent profit. Les petits concurrents, les communautés locales et les citoyens sans influence politique sont marginalisés. Ils sont confrontés à des systèmes de règles qu'ils ne peuvent négocier et à des normes techniques qu'ils n'ont pas contribué à élaborer.
C’est ainsi que le monopole réapparaît sans se nommer monopole.
La contribution historique d'Erdmann est de rappeler aux lecteurs que ce schéma est ancien. Les familles dirigeantes, les mécanismes d'extraction des ressources et les idéologies de légitimation persistent à travers les siècles, même lorsque les formes institutionnelles évoluent. La Compagnie des Indes orientales disposait d'une charte, d'un drapeau et de canons. Le système moderne, quant à lui, utilise des environnements de test, des stablecoins, des cadres ESG et des registres distribués. Mais la ressemblance fonctionnelle est trop frappante pour être ignorée. Dans les deux cas, des acteurs privés privilégiés opèrent au sein de dispositifs juridiques protégés par l'État, qui étendent le contrôle commercial tout en prétendant servir une mission civilisationnelle.
La mission a évolué : il ne s’agit plus d’étendre son empire, mais de sauver la planète, de moderniser la finance ou de démocratiser l’accès aux ressources. Ce changement de discours est significatif, mais il ne doit pas occulter les aspects pratiques. Le mercantilisme a toujours nécessité une idéologie suffisamment noble pour masquer l'extraction des ressources.
Aujourd'hui, le droit réflexif fournit le cadre juridique permettant de mettre en œuvre cette idéologie. Il transforme les aspirations en procédures, les procédures en normes, les normes en autorisations de marché et les autorisations de marché en un pouvoir institutionnel durable.
Dans cette perspective, l'engouement actuel pour la tokenisation des actifs réels, les paiements programmables et le règlement par blockchain ne constitue pas une rupture avec l'histoire, mais bien la continuation d'une histoire ancienne. Les actifs sont convertis en créances numériques qui peuvent être surveillées, fractionnées, nanties et échangées avec une précision sans précédent. Les paiements sont intégrés à des infrastructures conçues pour garantir la conditionnalité, la traçabilité et une supervision globale.
Le droit financier s'assouplit pour laisser place à une gouvernance expérimentale, afin que ces transformations puissent se dérouler sous l'égide de l'innovation. Le cadre juridique qui sous-tend tout cela est davantage réflexif que substantiel.
C’est pourquoi identifier le droit réflexif comme le système juridique de la technocratie était non seulement défendable, mais nécessaire. Cela a permis de nommer la forme jurisprudentielle d’un changement civilisationnel plus vaste. Sans ce terme, Nombre d'observateurs ont pu constater l'essor du capitalisme des parties prenantes, des critères ESG, de la gouvernance transnationale et de la finance programmable, mais n'ont pas pu expliquer pourquoi ces évolutions ont si souvent contourné la responsabilité démocratique tout en conservant une aura de légalité.
Le droit réflexif explique ce contournement. Il montre comment le droit peut être utilisé pour le vider de sa substance, comment le processus peut se substituer au principe et comment la réglementation peut devenir le moyen par lequel le pouvoir s'immunise contre toute contestation politique.
Cela explique aussi pourquoi la City de Londres demeure si cruciale. La City n'est pas simplement un centre financier parmi d'autres. C'est un carrefour historique où se sont depuis longtemps convergés privilèges commerciaux, ingénierie juridique offshore, innovations monétaires et exceptionnalisme politique. À l'ère de la finance blockchain, cet héritage ne disparaît pas ; il se transforme. La même expertise juridique qui gérait autrefois les eurodollars et les entités offshore peut désormais contribuer à la gestion des titres tokenisés, des garanties numériques et des écosystèmes de stablecoins réglementés.
Le droit réflexif fournit le mécanisme juridique adaptatif ; la ville fournit l'habitat institutionnel.
Il en résulte un ordre émergent où le mercantilisme n'a plus besoin d'un langage impérial explicite. Il peut s'exercer par le biais de mandats de développement durable, de laboratoires d'innovation, de conseils public-privé et de registres distribués. Il peut revendiquer la transparence tout en concentrant le contrôle. Il peut promettre l'accès tout en restreignant la participation. Il peut vanter la décentralisation tout en consolidant la gouvernance entre les mains de nœuds et d'émetteurs agréés.
Voilà le mercantilisme rendu élégant, numérisé et moralement acceptable.
C’est pourquoi l’identification originelle est plus pertinente que jamais. Le droit réflexif est le système d’exploitation juridique de la technocratie car il permet un contrôle managérial sans reconnaissance de souveraineté, une coercition sans ordre explicite et une transformation sociale sans consentement démocratique. Il fonctionne également comme la grammaire juridique moderne du mercantilisme, car il permet à des acteurs commerciaux privilégiés de définir et d’influencer les procédures d’organisation de la richesse, des droits et des actifs. Les travaux historiques de Martin Erdmann contribuent à révéler cette continuité ; la City de Londres témoigne de la persistance institutionnelle ; les registres blockchain et la tokenisation révèlent le prochain théâtre d’opérations.
Ce qui nous attend n'est donc pas seulement un débat juridique, mais un débat de civilisation. Si le droit substantiel continue de céder la place à des cadres réflexifs, et si ces cadres réflexifs continuent de fusionner avec la finance numérique, alors l'avenir de la propriété, des paiements et de la participation économique sera moins régi par le droit public que par les protocoles institutionnels.
C’est le but ultime vers lequel la technocratie a toujours tendu : ne rien posséder et être heureux. (Voir mon livre qui vient de paraître, La nouvelle économie de la technocratie : vous ne posséderez rien)
Honte à la communauté juridique (avocats, juges et universitaires) d'avoir ignoré le droit réflexif dès le départ et de l'avoir laissé empoisonner le système juridique américain.
Notes
Sanford Gaines, Le droit réflexif comme paradigme juridique pour le développement durable, Buffalo Environmental Law Journal, Vol. 10, No. 1, 2002. https://digitalcommons.law.buffalo.edu/belj/vol10/iss1/1/
Journal de droit environnemental de Buffalo, Le droit réflexif comme paradigme juridique pour le développement durable, Vol. 10, n° 1. https://digitalcommons.law.buffalo.edu/belj/vol10/iss1/1/
Université de Wageningen, Perfectionnement du droit environnemental réflexif par la nature et l'éducation 2024. https://edepot.wur.nl/657820
Substack inattendu, La soif d'or et de gloire — Dr Martin Erdmann, April 16, 2026. https://unbekoming.substack.com/p/the-greed-for-gold-and-glory-dr-martin
Substack inattendu, Entretien avec le Dr Martin Erdmann, April 17, 2026. https://unbekoming.substack.com/p/interview-with-dr-martin-erdmann
Histoire générale, Les paradis fiscaux offshore britanniques : comment Londres contrôle les flux financiers mondiaux, Janvier 29, 2025. https://general-history.com/britains-offshore-tax-havens-how-london-controls-the-global-flow-of-wealth/
LSE, La City de Londres et son empire des paradis fiscaux, Août 17, 2025. https://www.lse.ac.uk/lse-player/the-city-of-london-and-its-tax-haven-empire
Corporation de la Cité de Londres, La City de Londres appelle à un changement de culture dans la réglementation financière afin de favoriser la croissance., Juillet 2, 2025. https://news.cityoflondon.gov.uk/city-of-london-corporation-urges-a-culture-shift-in-financial-regulations-to-regulate-for-growth/
Corporation de la Cité de Londres, Réglementer pour favoriser la croissance : un changement culturel pour un Royaume-Uni compétitif, Juillet 6, 2025. https://www.cityoflondon.gov.uk/supporting-businesses/economic-research/research-publications/regulating-for-growth
Sasha Mills, Façonner l'avenir financier numérique du Royaume-UniDiscours de la Banque d'Angleterre au Sommet sur la tokenisation, le 28 janvier 2025. https://www.bankofengland.co.uk/speech/2025/january/sasha-mills-speech-at-the-tokenisation-summit
LinkedIn de la Banque d'Angleterre Sasha Mills présente les priorités d'innovation en matière de tokenisation, Janvier 28, 2026. https://www.linkedin.com/posts/bank-of-england_at-the-tokenisation-summit-sasha-mills-outlined-activity-7422575494530756617
Banque d'Angleterre, Plan britannique pour les stablecoins et la tokenisation, Yahoo Finance, 29 janvier 2026. https://uk.finance.yahoo.com/news/bank-of-england-uk-stablecoin-tokenisation-plan-105513598.html
Banque d'Angleterre, Construire les marchés de demain : la numérisation de la financeDiscours de Sasha Mills, City Week, 1er juillet 2025. https://www.bankofengland.co.uk/speech/2025/july/sasha-mills-keynote-address-at-city-week-2025
A&O Shearman, Durabilité et critères ESG en 2026 : priorités réglementaires du Royaume-Uni et de l’UE, Janvier 28, 2026. https://www.aoshearman.com/en/insights/financial-services-horizon-report-2026/sustainability-and-esg-in-2026










Peut-être faudrait-il l'appeler droit «réflexif» ?
Franchement, Patrick, tu es un vrai génie d'avoir remarqué ça. 🙂
Tout cela me fait penser à ceci :
« Je m'en fous complètement. Je suis le président et le commandant en chef. Faites comme je dis. … Arrêtez de me brandir la Constitution à la figure. Ce n'est qu'un foutu bout de papier ! » GWB, novembre 2005
Il a juré de défendre la Constitution, la main sur la Bible, mais voici ce qu'il pense réellement et ce qu'il comptait faire. Il en va de même pour les technocrates et tous ceux qui ont des tendances tyranniques.
Un grand merci, Patrick, pour ce travail monumental et remarquable de recherche, d'analyse et de raisonnement inductif/déductif. Après avoir lu *Technocracy Rising* et votre précédent article sur le droit réflexif dans *August Review*, je pensais avoir une bonne compréhension du sujet. Cet article établit une nouvelle norme, plus exigeante, et mérite d'être lu et relu par tous, jusqu'à ce que tout soit parfaitement compris.
Jésus a bien déclaré que l'anarchie régnerait en maître dans les derniers jours. Ceux qui y prêtent attention la constatent partout autour d'eux. Dieu merci, le système bestial sera éphémère. Le diable et ses sbires sont en train de le mettre en place sous nos yeux.
Amen